Tourelle - Culture Spirituel-A

 

Tourelle

Culture Spirituelle

 par Gaétan Pelletier

 

Des quintaux cerclés de bois qu'on a fabriqué durant l'hiver, dans une maison déjà trop petite, héritage de l'exploitation jersiaise.

Des cordes de fibre de bois qui serviront à attacher les tangons.

L'hart rouge qui servira à lacer la picasse et à fabriquer l'aussière qui l'accompagnera.

Le filet réparé avec la laine d'un vieux bas faute de mieux.

La jute acheté pour fabriquer une nouvelle voile et dont les restes seviront à confectionner des rideaux neufs.

La pierre à aiguiser qu'on aura mis des heures à sélectionner sur la plage et qui servira à affuter le seul couteau que l'on possède.

Ces quelques éléments nous donne une idée dans quel environement matériel vivent des générations de pêcheurs gaspésien. Une pauvreté quasi-institutionnalisée, héritage d'une mainmise jersiaise sur les pêcheries gaspésienne. Cette situation ne parviendra, cependant pas, à fléchir leur fièrté.

Si leur culture matérielle est un environnement de corde et de bois, leur culture spirituelle est d'une richesse incroyable. En fait, cette pauvreté a créé  un milieu propice à la conservation d'un héritage culturel .

Qu'est ce que la culture spirituelle ?

L'anthropologue français Arnold Van Guennep définit la culture spirituelle comme étant nos croyances du berceau à la tombe. Ceci exclut les religions à proprement parler.

L'ethnologue Marius Barbeau fit un séjour dans la région entre 1916 et 1918, lors de son fameux tour du Québec. Il découvrit à Saint-Joachim-des-Tourelles, outre la beauté du paysage, un tel inventaire de chansons folkloriques, de contes et de légendes qu'il ne cessa d'y revenir jusqu'en 1936. À son tour, de 1952 à 1958, Carmen Roy y préleva, en plus de nombreuses chansons, un important répertoire de contes, de dires, de contines, de croyances diverses, de présages et de médecines. Tout ce matériel servi de base à sa thèse de maîtrise et à son doctorat à la Sorbonne. On retrouve en France, aujourd'hui, plus de 150 thèses qui touche l'immense héritage Tourellois.

Plusieurs chansons du répertoire récolté par ces deux Québécois remontent au 16e et 17e siècle. Il est étonnant de penser que ces chansons ainsi que des contes de longue durée (6 à 8 heures) ont traversé l'océan et les siècles, surtout à une époque où le seul mode de conservation est la mémoire. Tentez seulement de faire le tour d'une salle avec une seule phrase.

Parmi les chansons recueillies auprès de monsieur Léon Collin par madame Roy, il y en a une, entre autres, qu'on ne retrouva nulle part ailleurs. C'est en France, dans un texte du 14e siècle, qu'on l'a finalement retrouvé. Cette chanson, connue de tous, fut polpularisée par le groupe Garou-loup. Pensez-y quand vous réentendrez La complainte du maréchal Biron. Nous devons aussi à monsieur Collin des chansons comme ; Germaine de Garou-loup, Dans les prisons de Londres de Louise Forestier et La poule à Collin, pour ne nommer que celles-ci.

Marius Barbeau a récolté auprès de François Saint-Laurent une autre version de Germaine en plus d'une version originale plus ancienne, Germine. Cette version originale qui fut crée au retour de guerre du prince d'Amboise au 14e siècle, raconte une histoire vrai. Ce qui est étonnant, c'est qu'elle fut récolté sans aucune altération au bout de six siècles.

Que dire de monsieur Octave Servant qui a narré, en version intégrale, le conte de Tristant et Iseult, un conte du 12e siècle. Rajoutons à ceci, son histoire du quatrième roi-mage qui est d'une rareté incroyable et qu'on a réédité à plusieurs reprises.

Bien qu'on ne parle que de quelques persones, ils sont plusieurs à avoir contribué à cet inventaire. De ceux-ci, deux se démarquent par le volume de chansons et contes proposés, François Saint-Laurent et Léon Collin. François Saint-Laurent est à Marius Barbeau ce que Léon Collin est à Carmen Roy, une source sans pareil. Tous deux ont en commun une mémoire phénoménale. François préférera imaginer ses propres contes et enjoliver les récits tandis que Léon préfère les contes de longue durée.

Marius Barbeau a récolté à Tourelle 674 chansons et 20 contes. De ce lot, 317 chansons et les 20 contes proviennent de François Saint-Laurent. Ce dernier, sur l'invitation de monsieur Barbeau, s'est rendu jusqu'à Ottawa à quelques reprises pour enregistrer sur disque de cire. Un long voyage pour l'époque.

Carmen Roy avec une liste de huit personnes, exception faite des informations autres, à récolté 365 chansons et 80 contes dont la majorité sont d'une durée de quatre à huit heures.

Léon Collin

On sait qu'il est né à Tourelle en 1886, qu'il est l'arrière-petit-fils de Charles Collin, poète-chanteur de Saint-Malo. Charles quitta la ville des corsaires pour venir au Canada où il pratiqua la pêche. Après être passé à Grande-Vallée où la famille laissa son nom à l'anse à Collin, Léon vient s'installer à Tourelle avec son père Gaspard.

Carmen Roy nous décrit Léon Collin comme étant un rude gaillard qui pêche à mains nues dans les froidures de décembre pour ensuite passer ses hivers à bûcher du bois. Père de 15 enfants, il a épousé une veuve mère de 15 enfants. Elle nous le décrit comme un être d'une grande générosité.

François Saint-Laurent

Malheureusement, Barbeau ne nous a laissé que peu de description. On sait qu'il est pêcheur-chanteur folkloriste, qu'il est aussi agriculteur à ses heures et qu'il est né ici.

Nous savons de notre côté qu'il est le fils d'Isaïe Saint-Laurent, qu'il est né dans la seigneurie de Sainte-Anne-des-monts. Rare pour l'époque chez les pecheurs, il savait lire. Homme grand et mince, monsieur Saint-Laurent était réputé pour être un pêcheur doté d'un bon instinct. On disait de lui qu'il flairait le poisson comme un animal flaire la viande.  Farceur et joueur de tour comme Léon Collin, il se plaisait à enjoliver ses histoires. C'est lui qui à fait connaître à Marius Barbeau la légende du braillard de la Madeleine et la légende du petit bonhomme gris du chemin neuf. Légendes qu'il avait récolté auprès de son ami François Vallée. Navrant qu'on ne le dise jamais.

Léon Collin et François Saint Laurent, bien que de génération différente, on en commun d'avoir été élevé dans la même maison par la mère de François, Aghate Dupuis. La mère Agathe comme on l'appelait. C'est d'elle dont il est question dans la légende des jongleuses.

La récolte Tourelloise aura donné un total de 1120 chansons et de 120 contes de longue durée, sans compter les information autres à lesquels j'ai humblement rajouté à la suite de récoltes.

Une récolte d'information effectuée auprès du dernier conteur de Tourelle, monsieur Paul Miville, m'a permis de répondre à une question demeuré sans réponse. Comment peut-on arriver à retenir autant d'aussi longs contes ? Voici un extrait de sa réponse :

C'est facile ! Il faut voir le conte comme un chemin de croix. Des images dans notre tête qu'on raconte.

On était pauvre. L'hiver on allait bûcher dans le bois habillés comme en été. Pour ne pas sentir le froid, on repassait les contes dans notre tête. C'était toujours frais.

Tous ces contes et chansons sont conservés au Musée Canadien des Civilisations. Peu-être est-ce une lubie mais je rêve du jours où ils reviendrons prendre place dans le décors tourellois.

La culture spirituelle ne se limite pas aux contes, légendes et chansons. Les croyances diverses revêtent une grande importance. Elles sont en fait une sommes de connaissances pratiques et des règles de vie forgées au fil des siècles, dans le but de faciliter la vie aux générations futures.

Si certaines vous font sourire, dites-vous qu'elles peuvent remonter au moyen-âge et même au delà. De ce fait, vous êtes en présence de trésors culturels. Cetraines, en raison des vérités qu'elles énoncent, nous font questionner sur leur présence dans ces listes. Il nous faut admettre qu'à l'époque elles étaient toutes des vérités absolues.


Bonne lecture !!

 

Gaétan Pelletier, Sainte-Anne-des-Monts, 22 novembre 2010