Conte Gaspésien

 

Conte Gaspésien

Tourelle

La sirène de mer


     Il y avait autrefois un roi qui avait seulement deux enfants : un garçon et une fille. Le garçon s’appelait le prince Jules, la fille, la princesse Julie. Jules et Julie étaient encore bien jeunes quand la reine tomba malade d’une maladie incurable qui devait la conduire à la mort. Après quelques mois de maladie, la reine dut laisser la terre, laisser tous les siens, pour aller rendre ses comptes au Juge Suprême.

 

Le roi, restant seul avec ses enfants qui étaient encore jeunes, décida après quelques mois, de prendre une autre femme. Il s’amouracha d’une femme d’une femme de la royauté qui avait une fille. Le roi épousa la veuve. Mais peu de temps après son arrivée au château, La nouvelle mère pris les enfants de son mari en aversion. Jules travaillait comme un mercenaire, et Julie était l’esclave du château.

 

     Jules aimait sa sœur tendrement. Un jour, il lui dit : Julie, je m’en vas partir pour tâcher de trouver une place pour vivre une vie tranquille. Sois pas occupée, quand je serai placé, je viendrai te chercher.


     Jules demanda à son père le roi la permission de laisser le château. Le roi consentit, et lui donna un navire en propre, lui souhaitant du succès dans le voyage qu’il entreprenait.


     Jules partit sur la mer à bord de son vaisseau, avec un bon équipage et des provisions en abondance. Après plusieurs mois de navigation, il s’éleva une tempête terrible. La mer était tellement grosse que le vaisseau menaçait de couler à chaque instant. Le capitaine monta sur le pont et s’adressa à l’équipage en leur disant : Mes amis, si vous avez quelques choses à régler avec le Grand Maître, c’est le temps, parce que nous allons périr.


     Peu de temps après, il restait à la surface de la mer un morceau d’épave du bâtiment que jules avait accroché par hasard et auquel il s’était attaché. Tout l’équipage s’était noyé, il restait seulement Jules qui voguait au gré des flots et de la tempête.


     Après avoir passé plusieurs jours et plusieurs nuits à se faire battre au gré du vent, il toucha enfin le rivage. Il atterrit pas bien loin d’un royaume ou il y avait un roi. Jules s’en alla frapper au château. Un portier vint le recevoir. Il lui demanda s’il était assez bon de s’informer au roi s’il pouvait le recevoir. Le roi lui accorda un entretient. Jules lui apprit qu’il était un prince, qu’il avait perdu son bâtiment et son équipage, que lui seul s’était sauvé sur une épave. Il pria le roi s’il voulait prendre part à sa misère, de lui donner de l’ouvrage pour suffire à ses besoins.


     Le roi demanda s’il était capable de travailler au jardin.
     - Sire, mon roi, j’ai jamais travaillé dans les jardins, mais je va faire mon possible.
     Et après quelques mois de travail au jardin, Jules était rendu conducteur de travaux. Le roi l’aimait comme s’il eût été son propre fils.


     À tous les jours, Jules allait s’asseoir sur une pierre et il tirait de sa poche un portrait qu’il embrassait en versant bien des larmes.


     Un jour, le roi vit Jules qui, comme d’habitude, embrassait quelque chose, sans qu’il puisse voir ce que c’était. Le roi l’appela à lui, en lui disant : Jules, vous venez d’embrasser quelque chose  que vous portez sur vous et qui vous fait pleurer.


     - Sire, mon roi, c’est le portrait de ma sœur. Je pense à toute les misères qu’elle peut endurer et c’est pour cela que je pleure.


     Le roi, après, s’être fait montrer le portrait et l’avoir examiné, dit à Jules : Votre sœur est-elle aussi belle en personne que sur son portrait ?


     - Sire, mon roi, ma sœur est plus belle en personne  que sur son portrait.


     - Jules, je suis veuf, tu le sais. Je m’en va te greiller une frégate avec un bon équipage et tu vas aller chercher ta sœur. Quand tu seras de retour, je l’épouserai.


     Jules partit donc pour ce long voyage, heureux d’aller chercher sa sœur et, en  même temps de revoir le pays qui l’avait vu naître. Et, un jour, il arriva dans la rade du roi, son père. Il se rendit au château pour annoncer la nouvelle à sa sœur qu’il aimait tant.


     Mais la reine, sa belle-mère, s’opposa à laisser partir Julie seule. Elle partira, dit-elle, à la condition que tu m’emmènes avec elle. Elle n’est pas accoutumée sur la mer, elle pourra être malade et je serai avec elle pour la soigner.


     Jules, consenti, mais à contrecœur, à emmener sa belle-mère. Après, qu’ils furent prêts, ils embarquèrent à bord du vaisseau. La vieille reine traînait son coffre de remède de toutes les sortes. Mais ce  coffre ne contenait autre chose que sa fille laide cachée dedans.


     Quand ils furent loin sur la mer, une journée de chaleur insupportable se leva. Jules était accablé par la chaleur. La reine lui dit : Jules, faites descendre une chaloupe à l’eau et vous prendrez bien mieux l’air frais dans une petite embarcation.


     Jules consentit.  Et comme le bâtiment allait toujours d’une certaine vitesse, il se sentait soulagé de la chaleur. Mais à un moment donné, il se sentit éloigné du vaisseau. Il se mit à crier : Attendez-moi, attendez-moi !


     Julie entendit les cris de son frère et monta sur le pont. Mais au même instant, la reine ayant fait sortir sa fille qui était cachée dans le coffre, elles prirent Julie et la jetèrent à la mer.


     Julie, une fois dans l’eau, fut emportée au fond de la mer par les sirènes de mer. Et la vieille reine fit coucher sa fille laide dans le lit de julie. Puis elle donna des ordres de diminuer la vitesse du vaisseau afin que Jules puisse les rejoindre.


     Quand Jules fut rendu à bord, il leur demanda pour quelle raison qu’ils ne l’attendaient pas. La reine lui répondit : Cher enfant, nous étions bien occupées. Ta sœur Julie a été frappée d’une maladie si terrible qu’elle est devenue méconnaissable.


     Jules, après être accouru à la chambre de sa sœur, resta frappé de sa laideur. Julie lui dit-il, jamais je ne pourrais croire s’il y avait eu une autre personne dans le bâtiment que c’est toi que j’aperçois.


     Oui, mon frère, lui dit-elle, j’ai été frappé si fort que je suis restée contrefaite. Je ne me reconnais plus moi-même.


     - Seigneur, qu’est-ce que le roi va dire ! C’est certain que je vas être puni.
     Puis, ils arrivèrent au port de mer du roi. Le roi, en voyant venir sa frégate, fit atteler deux chevaux sur un carrosse et fit étendre un très beau tapis du château au quai, et se rendit au-devant de sa bien-aimée.


     Mais quand il vit apparaître sur le quai cette figure laide et repoussante, il lui défendit de mettre le pied dans son carrosse. Puis, se tournant vers Jules, il lui dit : Jules, tu m’as trompé. Je te condamne à être isolé du monde. Tu resteras le long de la mer dans une petite bâtisse que je désignerai moi-même. Et là, tu seras nourri au pain et à l’eau.


     Jules, en pleurant, dit au roi : Sire, mon roi, j’ai été trahi.
     Et le roi se décida à se rendre au château avec la vieille reine et sa fille. Puisqu’il avait fait serment q’il épouserai la sœur de Jules, quoi qu’elle fut laide, il l’épousa. Et la vieille reine et sa fille restèrent dans le château toute les deux et se trouvaient heureuses.


     Jules était toujours près de la mer dans une petite maison assez confortable. Il était entouré d’une clôture et il n’avait pas le droit de sortir dehors.


     Mais un jour, Jules étant assis près de la mer, vit un brassement terrible se produire sur les eaux. Et tout à coup, ce qui vient à lui ? Julie, sa sœur, ceinturée avec une chaîne en or. Elle prit Jules par le cou et l’embrassa. C’est bien de valeur, dit-elle à Jules, d’être puni innocemment. J’ai été jetée à l’eau par la vieille reine et sa fille. Les sirènes de mer m’ont emportées dans leur château au fond de la mer. J’ai trois jours pour venir te parler. Tu vois, je suis ceinturée avec une chaîne en or. Si les sirènes de mer s’apercevaient que la chaîne est touchée, elles me tireraient bien vite et tu ne me reverrais plus jamais. Aujourd’hui, je suis pour l’heure avec toi, demain une heure et demi, après demain, deux heures. Après ça, tout sera fini, jamais tu ne pourras me revoir.


     Dis donc Julie, qu’est-ce qu’il faudrait faire pour couper cette chaîne ?


     - Ça prendrait un forgeron bien habile, avec une enclume en or, une tranche en or, un marteau en or. Il faudrait que, d’un seul coup, la chaîne soit coupée. Après ça, je serai libre.


     Il y avait des employés du roi sur la ferme au moment ou Julie parlait avec son frère. Après avoir entendu ce qui s’était dit entre Jules et Julie, ils s’en allèrent trouver le roi et lui racontèrent ce qui s’était passé.


     Le roi s’en alla trouver Jules et, après l’avoir questionné, s’en alla faire faire une enclume, une tranche et un marteau en or. Et après avoir fait venir le forgeron le plus habile du royaume, il se rendit à l’endroit où Julie devait réapparaître.


     Vers midi, la mer se mit à faire du bruit, et aussitôt. Julie fit son apparition. Le roi fut ébloui par sa beauté.


     Jules leur dit : Faites bien attention, il faut de la souplesse et de l’énergie pour entreprendre de me délivrer. Si les sirènes de mer s’aperçoivent que la chaîne est touchée, je serai tirée vers elles au même instant.


     Mais le forgeron, avec une grande souplesse, mit la chaîne sur l’enclume, sans bruit, et après avoir déposé la tranche légèrement sur la chaîne, d’un seul coup de marteau adroitement frappé, coupa la chaîne.


     Julie se trouva délivrée, au même instant. Le roi, se tournant vers Jules, lui demanda pardon pour toutes les souffrances et la peine qu’il lui avait causées. Et ensuite, il demanda à Julie de bien vouloir l’épouser.


     De retour au château, il ordonna à ses domestiques de conduire sa femme laide, avec sa mère, la reine, à la même place ou Jules avait gémi et pleurer. C’est là qu’elles devaient finir leurs jours.


     Le roi, après avoir épousé Julie, vécut dans la joie et dans le bonheur. Jules devint le surintendant du château, et il épousa la fille du roi. Ils passèrent ensemble une longue vie dans la joie et dans le bonheur.
          
Raconté par M. Léon Collin
St-Joachim-des-Tourelles

Carmen Roy