Tourelle - Le plaignard du ch'min neu

Le plaignard du ch'min neu
Autrefois, à partir de la ch'minée de l'Anse des Vallées (tourelle est) jusqu'à l'Anse à Jean, y avait pas grand monde qui vivait là. Au plus, il y avait quatre à cinq maisons. Comme il n'y avait pas de ch'min pour aller là, il fallait y aller par le plein (plage). C'était rare qu'une voiture allait là.
On y entendait des choses bien étranges, des choses pour faire blêmir un mort. Des fois on entendait des voitures. On entendait les roues dans le sable, les pas du ch'val. On avait beau attendre, personne n'arrivait jamais. Dans l'hiver, c.était des carrioles qu'on entendait. On entendait des grelots et les lisses sur la neige dure ; ça donnait rien. En plus, y avait jamais de trace.
Des fois,les gens qui étaient assis tranquilles, à veiller à la lueur du poêle à bois. Tout d'un coup, ça frappait à la porte à grands coups. Ça cognait comme s'il y avait eu grand danger ; «Ouvrez, ouvrez » ! Y ouvrait la porte et y avait jamais personne. des fois, y pensait que c'était des ratoureux (joueurs de tours) ; il y avait jamais de trace.
Le garçon du voisin allait au puits à reculons le soir. C'est arrivé en r'montant le siau (sceau) d'être saisi, figé. Il n'était pas peureux, mais qu'est-ce que tu peux faire contre des choses comme ça. Le père Vallée disait : «J'ai vu des flambeaux se promener, comme si des gens flambottaient (pêcher au flambeau) le saumon. J'allais voir y avait jamais personnes ».
Même dans les maisons il y avait des choses. Ce n'était pas tout le temps ; c'était par secousse. Ça arrivais dans les maisons que tout d'un coup apparaissaient des petites lumières. Ça apparaissait dans les airs ; il y avait des plaintes de malade avec. D'autres fois, le monde était couché, pui y étaient réveillés par des plaintes dehors au ras du mur, Ça servait à rien d'aller voir, il y avait personne.
Des fois aussi, y se levaient raide dans le lit ; ils entendaient marcher de long en large dans la maison ou bien que ça se promenait sur les chaises. C'était pas dangereux, mais ça faisait peur. Ils avaient pas frette aux yeux ce monde-là, ils auraient pu affronter le giabe (diable). Y a ren pour arrêter ça c'est choses là.
Avec le temps, ça a finit par arrêter pis c'est parti ailleurs. Mais les nuits de grande noirceur, des fois, on entend encore des choses.
Gaétan Pelletier
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