Tourelle - Le trésor caché de la chunée

 

 

Le trésor caché de la chunée

 

 

    «Mon défunt père,quand on était jeune, disait : «Mes petits enfants, vous savez que, le soir des morts (le lendemain de la Toussaint), on voit des lumières où il y a de l'argent de caché. En bas de la côte, qui se trouve sur notre devanture, près de la chunée (cheminée), j'ai vu une petite lumière à la rase de la terre. Ce qui me donne des signes qu'il y a de l'argent de caché là.»


Et moi, j'ai été chercher là plusieurs fois avec la pioche. C'est qu'il y avait là un coffre-fort de caché, où (se trouve) une lisière de foin plein de foin de marée, du foin plate. C'est sous cette pointe d'herbe, près de la côte, en dessous des racines, de grosses souches, que j'ai cherché. Je croyais que c'était là, mais je me suis trompé. Le coffre-fort n'était pas là. Il était directement sur le bout de la pointe.

Les histoires que mon père nous contait, je pouvais avoir dans les cinq ans à venir jusqu'à onze. Toutes les recherches que j'ai faites, c'était après ça.


J'avais une quizaine d'années, un bon soir, il arrive une chaloupe avec quatre hommes à bord, qui fait terres aux-à-vis de la chunée, sur la pointe. On pensait que ces hommes-là allaient venir à la maison. Mais non ! Ils allument un petit feu sur le bord du rivage et ils attendent que le monde soit tout couché avant de travailler. On a douté d'après ce qu'ils ont fait, qu'ils étaient gréyé (équipé) d'une médrole, c'est-à-dire d'un instrument pour trouver l'argent caché.


Et, le lendemain, le coffre-fort était parti. Ils avaient creusé dans une profondeur de quatre pieds à quatre pieds et demi d'épais et trois pieds de long. Ils s'étaient servi de rance pour le sortir du trou. J'ai vu la place. Et nous autre, il nous a rien resté qu'à examiner la place du coffre-fort, pour le raconter. Les autres ont parti avec le plus gros profit.


Il y a une pointe aux-à-vis l'église. Le ch'min maritime passait, autrefois, le long du plein. Il y a une passe de foin. Les anciens tendaient là des collets aux caribous. Il y avait tendu quatre collets.


On a entendu dire qu'il y avait de l'argent, là aussi. On a été chercher pour voir s'il y en avait, mais on a trouvé d'autres choses ; on a trouvé les ossements d'un mort, des ossements humains. Il y avait eu un bois de planté sur ces ossements, avec des chiffres romains dessus, J,ai usé la même pioche là, pour l'argent.

 

Tiré de Journal of américan folk-lore vol.33-1920
Marius Barbeau


Racontépar François Saint-Laurent.
Tous droits réservés.