Tourelle - Les Jongleuses

 

 

Les Jongleuses

 

 

 

La définition de jonglerie, dans le sens qui nous occupe, est très large. On pourrait la définir comme étant tout ce qui touche l'esprit au-delà de la simple pensée. Afin d'en faciliter  la compréhension, nous la diviserons en trois concepts.

Le premier réfère à la réféxion profonde où à la méditation sur un sujet précis, dans le but de prendre une décision importante ou bien pour trouver une solution à un problême.

Le deuxième concept est de nature divinatoire, soit la capacité de voir l'avenir par diverses méthodes. Les cartes et les lectures diverses entrent dans cette catégorie. En fait, tout ce qu'on disait autrefois né du démon.

Le troisième réfère autant au chamanisme amérindien qu'au pacte avec le démon. On attribuait autrefois au chaman la capacité de faire voyager son esprit dans le corps d'un animal. Ce mode de transport lui permettait de percevoir les évènements lointains à travers les yeux de l'animal.

Le témoignage qui suit, recueilli par Marius Barbeau fut dicté par François Saint-Laurent, nous présente les deux derniers concepts.

     On avait, ici, une vieille qui se nommait Bargitte (Brigitte) Pinault, native de Rimouski. Elle était mariée avec le père Alexis Vallée. Dans ce temps-là, à la Tourelle, c'était tous des camps pour pêcher (...) Il y avait ma grand-mère, Mérence Pâquet, qui - à vrai dire - était jongleuse. Elle jonglait pour dire les choses de l'avenir. (...) Elle se mettait derrière le poêle, la tête dans ses deux mains.

Le monde arrivait et, ils disaient : «Êtes-vous capable de me dire, la mère, si mon mari va arriver aujourd'hui, ou non ? ». «Mes pauvres petits enfants, arrêtez ! j'm'en va jongler un peu à ça. » Et, elle allait derrière le poêle, le tête entre les deux mains ; la tête lui branlait tout le temps. Quand elle avait été comme ça une demi-heure, à peu près, elle se relevait la tête et leur disait ..., et ce qu'elle leur disait, c'était vrai ; elle ne se trompait pas.

Toujours que son mari et Alexis vallée, le mari de Bargitte Pineault, descendaient pêcher, faire un bout de degrâ à Glaude. Ils étaient partis pour être un mois, à leur voyage. (Après une semaine) Bargitte resoud au campe (...) «Cou'don, Mérence, penses-tu que nos deux hommes vont faire leu (r) temps ?» «J'm'en va jongler à ça, pour voir. (...) Elle se relève la tête et s'en vient trouver la bonne-femme Bargitte. (...) ils ne feront pas leur temps, cest ben juste s'ils sne ressoudent pas entre ici et demain. La bonne -femme Bargitte dit : «Je te dirai à soir s'il vont venir. » Et, il y avait entre ici à Glaude dix lieues.

La bonne-femme Bargitte passait pour se mettre en ours.  Elle part pour s'en aller chez-eux.

Mérence se mit à laver (...) elle s'en va voir si la bonne-femme Bargitte est chez-elle pour emprunter un morceau de savon. . Elle était partie. Au bout d'une heure, Bargitte ressoud. Elle dit : «Mérence, cou'don, fais à manger ; nos hommes s'en viennent. » Mérence dit : «Comment ça, ils s'en viennent ? » Bien, elle répond : «Je l'ai su. Ils sont après de gréyer, là, tout leur butin. Il sont après le mettre à bord de leu(r) barges, pour monter. »

(...) Dans l'après midi, ils voient venir les barges . «Ah, ah ! »dit Mérence «le diable t'en a parlé ».

Le père Pit Maloney, qui restait au haut de la Rivière-à-martre, s'adonnait à monter en voiture dans l'après-midi. Il dit : « Ma démone », parlant à la mère Bargitte, «tu m'as fais peur, diablesse que tu es, aujourd'hui, (...) Tu crois que je ne t'ai pas reconnue, tu es passée vers dix heures avant-midi. Tu étais en grosse mère ours. » Son mari dit : «Tu es venue jusqu'au bout de la rivière à Glaude. » Lui aussi avait vu passer le gros ours. à peu près dans les mêmes temps.

Mérence dit par la suite à son mari : «Ça à ben l'air qu'elle s'était mise en ours, elle est venue me dire de faire à manger, que vous étiez pour arriver. »

Cé la vérité vrai !


Vous en doutez ?
Cette pratique a encore cours, bien qu'on le tais.
Et vous, êtes-vous certains de n'avoir jamais fait appel à une tireuse de carte ou autres devins ?

 

 

La jongleuse

 

Tous droits réservés