Histoire de Tourelle, Saint-Joachim-de-Tourelle, Sainte-Anne-des-Monts

 

 

Saint-Joachim-des-Tourelles

 


par Gaétan Pelletier

 

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    Nous sommes le 11 avril 1916. Un décret canonique vient de fixer les bornes de la nouvelle paroisse au grand bonheur des 719 paroissiens. C'est maintenant officiel, le hameau sis entre les deux monolithes est sous la protection de l'époux de sainte Anne.


Ce n'est, par contre, que le 17 janvier 1924 que les démarches visant à faire de cette paroisse une municipalité portent fruit. Seconde bonne nouvelle pour les 900 résidents.


Deux dates et deux évènements importants dans l'histoire de la localité de Tourelle. Deux données qui, dans une recherche simpliste, peuvent suffire à asseoir l'histoire de cette localité. Pourtant, elles ne nous confirment que la date officielle d'utilisation du nominatif, autant paroissial que municipale.


En 1916, on le sait, il y a déjà 719 résidents. On pourrait penser que l'histoire de cet endroit s'amorce à l'arrivé du premier habitant, mais là encore on aurait tout faux. Le territoire existait bien avant et plusieurs individus y ont passé et oeuvré au cours des siècles.


Situation géographique


Pour ceux qui ne connaissent pas Tourelle ou Saint-Joachim-des-Tourelles, comme on le nommait autrefois, ce village est situé sur la rive sud du fleuve Saint-Lauent. Il est localisé à l'est de cette petite ville gaspésienne qu'est Sainte-Anne-des-Monts. Ville avec laquelle on l'a fusionné, il y a une décennie. La localité tire son nom de la présence sur son rivage de deux monolithes. Celui de l'ouest est appelé grandre tourelle, bonhomme ou tourette selon les individus et les époques. Malheureusement, en 1982, celui-ci s'est effondré victime de l'érosion. Mentionnons à titre informatif que ce pilier de grès fut autant photographié que le rocher percé.

1944

D'ici quelques décennies, la tourelle, que l'on nomme la bonne femme, la chunée (cheminée) ou petite tourelle, fera face au même destin.

2010


Cette caractéristique géologique que représente ces tourelles a certes suffit à rajouter un petit côté mystique à ce lieu où la topographie est sans pareil.


Il s'avère difficile de se contenter de décrire l'apect géologique des monolithes en les détachants du tout de façon purement technique. Tourelle, c'est avant tout un territoire qui, même s'il n'eut jamais été colonisé, nous aurait fait ressentir sa personnalité dès qu'on y aurait mis le pied. Cette étendue de terre ou se résume la topographie gaspésienne en entier semble empreinte de magie. Un peu comme si elle avait quelque chose à nous raconter.


Aspect géologique


Ces statues de pierre, qui bordent la plage de part et d'autre de cette paroisse, sont en fait des couches massives de gès fin ou de grès à tourelle dont l'épaisseur varie de dix à quinze pieds ou de trois à quatre mètres cinquante si l'on préfère. D'ailleurs, ce sont les plus épaisses au monde, Quoiqu'elles nous paraissent droites, elles ont une inclinaison de trente cinq degrés. Ces intrusions finissent par se découvrir lorsque le schiste argileux, qui constitue les falaises, cède sous l'effet de l'érosion. Le grès, en raison de sa résistance, finira par trôner sur le lieu qui est désormais une plage.


Il existe une troisième tourelle au Ruisseau-Castor, quelques kilomètres en aval. Sa faible hauteur est liée au fait qu'elle se retrouve sur la terre ferme, ce qui nous la fait percevoir comme un simple rocher. Lorsque l'érosion aura fait son travail, elle trônera sur la plage. Elle ne sera, cependant, pas la prochaine. Entre le havre des Quinze-Collets et la tourelle est (petite tourelle), environ à mi-chemin, il y en a une en phase de dégagement. Vous pouvez la reconnaître dans la falaise par les nodules, ces petites balles de pierre d'un diamètre de quatre pouces ou dix cm qui semblent s'y être détachées. Prudence est de mise, car du schiste pourrait se détacher autour et tomber.


Ces deux futur gardiens du territoire ne sont pas les seuls en devenir. Sur tout le territoire tourellois, partout où vous posez le pied, il est possible que vous soyez au-dessus d'une future tourelle. Eh oui ! Le sol en est rempli. Force est d'admettre que, dans les siècles à venir, Tourelle sera toujours Tourelle.


Un peu d'histoire


Il y a de cela 12 000 ans, la dernière période glacière prenait fin. Les glaciers qui recouvraient le continent juqu'au Wisconsin, auparavant, disparaissaient peu à peu, laissant le territoire nord-gaspésien, entre autres, libre d'accès.
Trois à six milles ans plus tard, les premiers occupants viennent ici pour y chasser. Ce sont les milliers d'artéfacts retrouvés dans la région qui viennent nous confirmer cette présence. On ne sait pour quelle raison, ils repartirent.


Parmi les hypothèses plausibles, j'affectionne celle de la légende iroquoienne selon laquelle ces derniers occupaient la région autrefois. Elle nous raconte que les ancêtres des tribus iroquoises auraient été dans l'obligation de descendre au sud en raison d'une glaciation pour remonter par la suite au sud des Grands Lacs. C'est un fait, il ya eu à la fin de la dernière glaciation, une courte période de retour en arrière. Cependant, ce n'est qu'une hypothèse.


Sous la Nouvelle-France


Deux fois, au cours du 17e siècle, il est fait mention du territoire tourellois. La première revient à Samuel de Champlain lors de son deuxième voyage d'exploration du Saint-laurent. Il nota la présence de monolithes sous l'apellation tourel. En 1662, Christophe Crevier, sieur de Lameslée, marchand des Trois-Rivières, reçoit en concession le territoire qui s'étend de la tourelle ouest à la tourelle est, à peu de choses près. Ce, avec l'obligation d'y tenir feu et lieu dans la même année. La concession destinée à la pêche prendra le nom de fief de Lameslée, donnant ainsi son titre à Crevier et à Tourelle son premier nom français.

Samuel de Champlain

En 1705, Charlevoix parle de moultes habitations françaises dans la région. Les habitations décrites sont en fait habitations estivales de pêcheurs venus de la côte sud de Québec. vers 1750, Jean Carlot, caboteur sur le Saint-Laurent, s'ancre de façon répété dans l'anse à Carlot (Quinze-Collets).


Nous pouvons affirmer sans se tromper que sous la Nouvelle-France, le territoire est déjà occupé sporadiquement. Sans compter que les Autochtones y viennent aussi depuis longtemps. Aucune donnée portant sur l'appellation autochtone n'existe. Cependant, il est à parier que ce nom devait faire référence aux monolithes.
Cette période a encore beaucoup à révéler. Bien plus qu'on ne peut penser. Elle sera traîtée plus à fond dans un livre à paraître.

 

Tourelle


En 1916, la paroisse de Saint-Joachim-des-Tourelles naissait de la fusion de trois hameaux à lesquels viendra se joindre un quatrième. Les gens qui y feront souche ont en commun de descendre majoritairement des premiers arrivants en Nouvelle-France et sont majoritairement d'origine bretonne. Pas étonnant de découvrir que la région ressemble beaucoup aux côtes de Bretagne et d'y découvrir des traditions ramenées jadis du pays breton.

Comme on vient de le mentionner, ce village ne s'est pas développé à partir d'un élément central, mais de la fusion de trois hameaux distincts.


La première constituante est le plateau ouest de la rivière Grande-Tourelle et l'anse en contrebas. Ce plateau est, en fait, un prolongement de Sainte-Anne-des-Monts. Cependant, la barrière naturelle, qu'est le ruisseau Patate à cette époque, isolait les résidents plusieurs mois par année. De ce fait, ils n'avaient que peu de liens avec ceux de l'autre rive.


En contrebas, sur les pourtours de l'anse Grande-Tourelle ou Tourette, on retrouve plusieurs familles de pêcheurs à cette époque. Bien qu'on en ait aucune preuve écrite, on sait que ce sont les fils de Julien Servant qui furent les premiers à y faire souche, dont Jean. Comme le voulait la tradition, ils prirent possession des cinq principales terres de l'anse. Néanmoins, on négligea de les faire enregistrer. Ce qui, il y a quelques décennies seulement, amena les résidents à se faire traiter de squattrers par le gouvernement qui les obligea à racheter leur propre terrain, Insulte suprême pour ces derniers qui les avaient acquis de bonne foi.

La grande-Tourelle, l'Anse à l'église

La maison Jean Servant (Adrienne Breton) qui fut construite entre 1836 et 1839 en est le plus bel héritage. Il y a quelques années, on lui a d'ailleurs redonnée son apparence ancestrale.

La maison Jean Servant

Le village (deuxième rang) en est le deuxième hameaux composant la paroisse initiale. Ce village est en fait un ilot de terres situées sur les basses terres du ruisseau Patate qui portent le nom de lots A, B, C et D au cadastre ainsi que des terres sises dans le même secteur.


Bien que ce hameau soit situé à un km au sud du premier, il n'y avait que peu de communication entre les deux endroits en 1916. C'est, en fait, par Sainte-Anne-des-Monts, plus précisément par l'actuelle route Dugas que les colons y accédaient. La raison, on l'aura deviné, l'obligation de contourner le ruisseau Patate.


Les papiers officiels font état de 1858 pour les premiers arrivants, mais il sagit là de la date de concession officielle. Michel Dugas et Marcel Saint-Laurent furent les premiers défricheurs, rejoint quelques temps après par Narcisse Dupuis. Plus tard, apparaîtra entre les deux hameaux un sentier qu'on emprunte pour les besoins liés à la pêche. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'apparaîtra une route.


Le troisième hameau était le secteur du hâvre des Quinze-Collets. Cette anse qu'on appelait autrefois anse à Carlot ou anse à Cogne-cul semble avoir été colonisé assez tôt.  Mentionnons ici que le nom Quinze-Collets est un dérivé de Quatre-Collets qui est un pointe face à l'église.

l'Anse des Quinze-Collets, Carlot

Ce n'est que vers 1885 qu'on commence à s'implanter sur le plateau en surplomb, en raison des terrains accordés par le gouvernement de part et d'autre du nouveau chemin maritime. C'est de ce développement que provient le vocable de ch'min neu.  François vallée sera le premier à résider en permanence dans cette anse en 1832. En 1865, Jean Therrien et Louis Labrie viennent se joindre à lui, bientôt suivis par d'autres. cette partie de la paroisse sera reconnue, jusqu'en 1929, année d'ouverture du boulevard Perron, comme la barrière de la Gaspésie. Pour se rendre en aval, il fallait à partir du ruisseau Grande-Tourelle emprunter le fleuve ou le rivage. Celà n'empêchait pas les pêcheurs de deux anses de se rendre régulièrement à la rivière Madeleine pour y pêcher le saumon au flambeau comme les Amérindiens.


Le hameau de l'anse à Jean (ruisseau Castor) viendra, par la suite, se joindre à la nouvelle municipalité. C'est du prénom de Jean Vallée que provient l'appellation. On ne fait pas ici référence à l'anse entière, mais à une bande littorale située à l'est du ruisseau. On retrouvait à cet endroit plusieurs installations de pêche, mais peu de gens y habitaient. Dans les faits, le premier à venir s'y établir fut un certain Poitras. Ce dernier fit grandement parler de lui sous le vocable de Poitras le tueur. C'est Charles Samson qui prendra la relève dans cette anse pour une brève période. Monsieur Samson sera suivi par la famille Brisebois qui fera souche.


L'incendie qui en 1867 détruisit les forêts de l'arrière-pays semble avoir épargné la région de Tourelle. En 1870, suite à une mauvaise saison de pêche, les Collin, Miville (Minville), et autres viennent s'y installer en raison des possibilités de revenus additionnels qu'offre la forêt. Ils choisissent comme lieu d'implantation l'anse Grande-Tourelle où réside déjà la famille d'Isaï Saint-Laurent.


Parmi cette population grandissante, on retrouve quelques Amérindiens. Outre les Migma'g (Mic-mac) de passage ou ceux résidant dans la région, on remarque la présence de quelques Innus (Montagnais). Deux familles distinctes en plus d'un célibataire avaient suivi les familles Vallée, Therrien et Dupuis qui avaient fait un bref séjour sur la rive nord du Saint-Laurent. Sous toute réserve, c'est vers 1950 que les derniers sont repartis.


Bien avant que la paroisse ne soit érigée, bon nombre de personnes étaient venues s'installer. Des familles entières sont reparties pour les manufactures de la Nouvelle-Angleterre et quelques-unes décidèrent de tenter leur chance dans l'ouest canadien. Peu avant 1900, de mauvaises saisons de pêches successives en convaincront plus d'un de choisir l'exil. Quelques familles reviendront vers 1910 pour y demeurer. Ils ramènent dans leurs bagages, quelques sous, de nouvelles habitudes et quelques beaux habits. Leur arrivé accentue la courbe démographique et entraîne de de nouveaux besoins, entre autres , un besoin de mission.


On l'a mentionné, à cette époque, les voies de communication terrestre sont entravées par les cours d'eau. Bien qu'on puisse l'été utiliser la barque pour se rendre aux offices religieux de Sainte-Anne-des-Monts, on ne s'y rend que peu. L'hiver, ce déplacement si aisé aujourd'hui était impensable.


Des demandes sont faites à l'évêché pour obtenir la présence d'un prêtre permanent. Ce que l'évêché accorde pour diverses raisons.


On sait qu'en 1914, les offices religieux sont célébrés dans une résidence aménagée à cette fin. Ils continuent de l'être jusqu'à ce qu'on ait terminé la construction de l'église débutée en 1916. C'est à monsieur Georges Pelletier, charpentier et résident de l'endroit, qu'est confié la réalisation. C'est le curé desservant, monsieur Adhémard Gagnon (1916-1921) qui veille au grain.

En cette même années de 1916, on entreprend la construction du Germain L., une goélette de 99 pieds 11 pouces. Un tourellois, entre autre, possède l'expertise nécessaire pour mener à bien un tel chantier, monsieur Joseph Breton. Plusieurs autres citoyens possèdent aussi un bagage d'expérience de la construction navale acquise à Sainte-Anne-des-Monts ou dans les chantiers de Québec et de l'Île d'Orléans. Il est fréquent à cette époque qu'on aille travailler dans les chantiers maritimes en hiver.


Une des plus grande source d'information en ce qui touche Tourelle nous vient des notes du père Deschênes regroupées et rendues disponible pas l'abbée Roland Provost.

De passage ici en 1928, le père Deschênes nous laissa la description suivante :
[...] En deçà de la rivière Tourelle, un chemin monte vers le village des Oullet. Seules quelques maisons sur la route, le village est plus haut. Sur la rivière Tourelle il n'y a pas de pont. Ce qui fait que ceux de l'est communiquent rarement ave ceux de l'ouest [...]


[...] 182 familles habitent ici, soit 1082 âmes. À l'anse à Jean ; 7 familles, au Chemin neuf ; 36 familles, au ruisseau à La chute (est de l'église) ; 19 familles. De la limite ouest jusqu'à l'église ; 70 familles. Le village des Ouellet ; 4 familles (route soucy) Le long de la route qui mène à ce village ; 13 familles, le village du ruisseau Patate en haut ; 32 familles.


Pierre servant st originaire du Monts-Louis. Quand il est venu ici à l'âge de 8 ans, il y avait 5 maisons dans Saint-Joachim-des-Tourelles.


Pierre Servant revint ici en 1843. Julien, son père, délaissa l'anse Grande-Tourelle un certain temps pou aller habiter à Mont-Louis. Les dires de Pierre n'ont pas fait l'objet de vérification. Ils font appel à sa mémoire. Il est plus que probable qu'il ne fait état que du secteur de l'anse Grande-Tourelle.


Si le 17 janvier 1924, la paroisse de Saint-Joachim-des-Tourelles reçoit sa reconnaissance municipale, ce n'est pas suite à une simple démarche. Depuis 1916, et même avant diverses démarches furent entreprises et demeurèrent vaines. Toutes ces efforts au fil des ans sont l'oeuvre d'une population entière. Bien sûr, certains s'investirent plus que d'autres, cependant cet aboutissement est celui de tous. On ne peut l'attribuer à celui qui s'asseoira dans le fauteuil du maire au lendemain de la victoire, bien qu'on devine qu'il était du nombre. Une erreur historique trop fréquente.


Le 3 mars 1924, se tenait la première séance du conseil municipal dans la maison qui servait d'école et auparavent d'église. Sont assis à la table du conseil : monsieur Joseph Ross qui devient premier maire ainsi que les conseillers messieurs Esdras lepage, Horace Saint-Laurent, Germain Lévesque, Arthur Lévesque et Artur Saint-Pierre.
C'est la fête aussi pour monsieur Joseph Chénard, curé (1921 à 1926), qui a oeuvré dans l'ombre.


À peine trois mois après cette séance, on entreprend la construction du premier quai commercial du côté ouest de l'anse Grande -Tourelle, à deux pas de la cour à bois de monsieur Johnny Therrien. Monsieur Therrien, qui deviendra en 1927 le second maire, est un entrepreneur local florissant. Il possède une scierie sur le ruisseau Patate à deux kilomètres au sud en plus d'être commerçant de poissons. On retrouve dans sa cour à bois située en bord de mer plusieurs vigneaux sur lesquels sèche la morue acquise des pêcheurs. C'est lui qui fit les démarches d'autorisation  et de financement auprès du gouvernement, décida du lieu d'implantation du quai, fournit la bois de construction et fit construire le chemin d'accès.


Cette infrastructure était plus que nécessaire pour le dévelopement local. Outre la scierie de monsieur Therrien qui produisait des matériaux de construction, plusieurs petites scieries étaient en production autant sur le téritoire municipal que dans l'arrière-pays. Faute de routes adéquates, le quai était le seul moyens d'accéder aux marchés.


Dans leurs débuts, ces diverses scieries ont des production diversifiées mais minimales ; bois de fuseau, bois de charpente, bardeaux de cèdre, etc. On commence à cette époque à uniformiser les productions pour répondre à la demande en bois de construction. De ce fait, ce quai est une bénédiction pour l'ensemble de l'idustrie et pour la population.

La Grande-Tourelle, l'Anse à l'église

La pêche demeure, néanmoins, l'industrie première malgré la diversification. Tourelle est et demeure même en 1924 un village de pêcheurs. La coupe de bois étant hivernal plusieurs pêcheurs y trouvent leur compte. Il en va de même pour les scieries qui disposent d'un bassin de main d'oeuvre à porté de main. On évite ainsi de s'exiler dans les grands chantiers l'hiver durant.

À cette époque, la pêche se pratique encore de façon très artisanale. Ces pratiques n'ont pas changée depuis l'époque française et ne changeront pas au cours des prochaines décennies. C'est d'ailleurs ce que nous confirme l'anthropologue Carmen Roy suite à ses recherches sur les pratiques de pêche tourelloises dans les années 50. Les barques, les voiles, les quintaux (barils), les cordages, etc, étaient en tout point pareil à ce que l'on retrouvait sur les côtes de Bretagne il y a quatre cents cinquante ans. La pêche est avant tout un mode de vie non organisé dont profitent quelques marchands. L'anthropologue Marius Barbeau fixa sur pellicule cet environnement quasi immuable a partir de 1916.

Exception faite de quelques fermiers qui vivent assez bien de la terre, l'agriculture n'en est une que de subsistance que la pêche vient compléter.


Quoi qu'il en soit, en 1924, la population de la municipalité naissante arrive à tirer son épeingle du jeu. À force de labeur, on arrive à vivre. On vient tout juste de sortir de la première guerre mondiale et de l'épidémie de grippe espagnole qu'on a ramené du front. Fléau qui, ici comme ailleurs, a affecté plusieurs familles.
Si tout allait pour le mieux, ce ne fut, cependant, que de courte durée.


En 1928, la crise économique se dessine aux États-Unis. Bon nombre de manufactures ferment leurs portes. La demande pour le bois de construction diminue. 1929, la crise éclate et le travail se fait rare. Les travailleurs qui avaient émigré aux États-Unis reviennent en bon nombre tenter leur chance dans la pêche. S'en produit une augmentation des débarquements et, par le fait même, une diminution des prix qui appauvrit l'ensemble de la communauté. Heureusement, on entreprend cette même année la construction du boulevard Perron. Le travait étant manuel, bon nombre de personnes y trouvent leur compte.


Dans le but de contrer la crise, l'année suivante, le gouvernement ouvre des terres à la colonisation dans diverses régions du Québec, dont la Gaspésie. Une colonie est fondée à quelques kilométres au sud de Tourelle, Sacré-Coeur-des-Landes qu'on baptisa d'abord l'Enfant-Jésus. Ce nouveau village, qui s'étend des rangs deux à onze, accueille autant des Tourellois que des gens venus d'ailleurs. Dans les premières années, les colons défrichaient leurs terres et les préparaient pour l'agriculture. Ils bénéficiaient, pour ce faire, d'une aide gouvernementale qui leur permettait de survivre. Suite à quoi, ils se dirigèrent vers le travail forestier tout en maintenant leurs fermes actives. En 1938, année de l'érection canonique, à l'arrivé du premier prêtre, monsieur Eldège des Landes, la communauté comptait déjà 253 résidents.

Sacré-Coeur des Landes

Alors que la population commence enfin à voir poindre la lumière, une autre tuile s'abat sur les pêcheurs et sur l'économie locale. L'Angleterre décide de boycotter l'Espagne de Franco en mettant fin à toutes exportations. Dns la foulée, l'Angleterre demande au canada d'emboîter le pas. Sans se soucier que l'Espagne est le principal marché vers lequel on exporte le poisson gaspésien, le Canada accepte. La situation perdurera un bon moment.
En 1939, la seconde guerre mondiale éclate en Europe. Mauvaise nouvelle qui a quand même une conséquence positive, la demande pour le poison monte en flèche. En contrepartie, le prix payé aux pêcheurs n'augmente pas. Il en va de même pour le bois.


En 1942, le Canada entre en guerre à son tour. On vote la conscription. Bon nombre de personnes doivent partir. Cependant, le population de pêcheurs semble avoir été moins affecté par cette décision. Le poisson étant indispensable pour nourir les troupes. Malgré tout, plusieurs partiront.


Pendant ce temps, c'est le branlebas de combat dans la petite communauté, comme dans divers endroit de la Gaspésie. Les sous-marins allemands sont bien présents sur nos côtes, malgré qu'on le nie. On a pu lire dans le journal du Devoir en 1943 qu'en Gaspésie on est en vaste préparatif en vue d'une offensive et non pas simplement à effectuer des préparatifs de défense.

À Tourelle, ces préparatifs se font sous la supervision du sergent Jacques Lambert qui y est en poste. Un promontoire naturel stratégique, situé au dessus du cimetière que l'on nomme aujourd'hui le cap à soldat, servait de poste de guet sur le Saint-Laurent. On y avait aménagé des tranchées, où des citoyens venaient tour à tour monter la garde. Les exercices militaires s'effectuaient après la journée de travail de sous la direction du curé Régis Grenier.


Au sortir de la guerre en 1945, on axe les efforts sur la subsistance.


Autour de la Gaspésie, la pêche prend un nouvel essor. La coopérative des Pêcheurs-Unis qui a des membres à Tourelle est très active. Elle est, à cette époque, en plein développement. Le surplus de bateaux et surtout de moteurs rendus disponibles en raison de la fin de la guerre permettent à la flotte de pêche de prendre de l'ampleur. Malgré tout, les pêcheurs Tourellois n'emboîtent pas le pas. Même si Pêcheurs-Unis procure certaines facilitées, les pêcheurs locaux ne disposent pas des sommes requises. L'industrialisation se traduit par l'apparition de quelques moteurs de type Acadia seulement.


L'industrie du bois, pour sa part, reprend de plus belle. Du coté de l'agriculture, on note un développement. Plusieurs agriculteurs arrivent à vivre de leurs terres. L'agriculture à temps partiel est, cependant, bien présente. Il en va de même du côté de Sacré-Coeur-des-Landes.

En 1947, les soeurs de la Présentation ouvrent le couvent Maria Goretti qui deviendra plus tard l'hôtel de ville. Plusieurs écoles de rang étaient présente, jusqu-là sur le teritoire. Monsieur René Mercier offrait même chez lui des cours préparatoires aux cours classiques et des cours du soir.


Durant les années 50 et 60, plusieurs quittent espérant trouver mieux dans les grands centres. La pêche et la foresterie sont loin d'être des secteurs d'avenir. En fait, dans les deux cas, ce ne sont pas les ressources qui sont explotées, mais bel et bien les individus. Pour ceux qui restent, la vie se poursuit. L'économie va lentement mais sûrement. Les enfants grandissent, partent à leur tour. On est loin de se douter qu'un évènement majeur viendra troubler cette quiétude.


Le froid montrait déjà ses dents, en ce mois de décembre 1963. Les poêles à bois ronronnaient dans les demeures pendant qu'on s'affairait à préparer lentement cadeaux et victuailles. On pensait déjà aux festivités et aux parents de la ville qu'on allait revoir. Tout était calme et serein dans le village, quand peu après 19 heures un bruit se fit entendre. Un glissement de terrain majeur était en train de faire disparaître le centre du village.

Glissement de terrain 1963

Ça n'aura pris que quelques minutes pour que sept constructions situé de part et d'autre du ruisseau Grande-Tourelle soient complètement détruites. Au matin, c'est une scène d'horreur. Une maison est dans le fleuve, d'autres sont renversées sur le toit plusieurs mètres plus bas et d'autres carrément déplacées de leur fondation et envasées. Vingt et une maisons devront être soit déménagées ou démolies, sans compter les bâtiments.
L'évènement le plus triste de cette sombre histoire, est sans contredit, le décès de quatre frères d'une même famille. Les fils de monsieur Edgard Therrien qui furent entraînés par la coulée de boue lorsque la route disparue sous le véhicule dans lequel ils circulaient.


Si la zone de glissement laisse une grande cicatrice dans le paysage, elle en laisse une encore plus grande dans le coeur de tous ceux qui en furent les victimes.


Que s'est-il passé ?


La dernière période glacière qui s'est terminée il y a 12 000 ans, entraîne une hausse du niveau des eaux de 65 mètres (210 pieds). Comme dans tout le reste de la partie riveraine du Québec, un dépôt d'argile a envahi les parties basses en bord de mer. En fondant, les glaciers ont entaîné dansleur sillage des masses de rocs qu'ils ont préablement broyés, puis déposé sur l'argile (gravière). Par la suite, le temps s'est chargé de couvir le tout de terre arable. Exception faite des berges de la Grande-Tourelle, les embouchures des rivières se sont dégagées sous l'effet de l'érosion, il y a plusieurs siècles.


Une infiltration d'eau provenant d'un ruisseau en partie souterrain a, avec le temps, liquifié l'argile situé sous le gravier. Peu à peu, le barrage d'argile solide s'est amenuisé au cours des siècles jusqu'à atteindre le point de rupture ce 11 décembre 1963.


Une autre tuile s'abat sur la région en 1970. Le bureau d'aménagement de l'est du Québec qui préconisait la fermeture de dix colonies de l'arrière-pays voit son rêve se réaliser. La colonie de Sacré-Coeur-des-Landes est du nombre. On jugeait ces villages comme étant sans avenir.


Ce sont cinquante et une familles (250 personnes) qui sont obligé de quitter leurs demeures et leurs mode de vie. Bien qu'ils furent quelques peu dédommagés, plusieurs se remetteront difficilement de ces changements. Aujourd'hui, l'âme de ce village vit toujours dans la localité de Tourelle.


Au cours des années 1970, la flotte de pêche tarde toujours à se développer. Quelques rares individus tentent tant bien que mal d'augmenter le tonnage de leurs prises annuelles en ajoutant le turbot aux espèces pêchées.
En 1977, monsieur Jean-Paul Ross fait l'acquisition de l'entrepôt frigorifique de Tourelle afin d'en faire une usine de poisson. Plusieurs pêcheurs croient au projet. S'en suivra un développement majeur de l'industrie de la pêche tourelloise qui aura un impact sur toute la région. La flotte de pêche se développe rapidement et maints emplois sont créés. Les nouvelles possibilités d'emplois permettent à plusieurs personnes de revenir s'installer dans la région. Un chantier maritime voit même le jour. Tourelle refleuri.

En 1989, l'usine créé par monsieur Ross ferme ses portes et plusieurs emplois sont perdus. Une autre usine plus petite réussie à survivre à la chute des prix. Néanmoins, la flotte de pêche continue de se développer et de se diversifier. Lentement la population recommence à diminuer.


Dans la vague de fusion des années 2000. la municipalité de Tourelle est jointe à Sainte-Anne-des-Monts.
Si la corporation municipale n'existe plus, la paroisse de Tourelle existe toujours. Et pour ses résidents Tourelle est toujours Tourelle.

 

Gaétan Pelletier, Sainte-Anne-des-Monts, 21 novembre 2010

 

 

 

 

La Grande-Tourelle

 

l'Anse à l'église, la Grande-Tourelle

 

Grande-Tourelle, l'Anse à l'église

 

l'Anse à l'église

 

 

l'Anse des Quinze-Collets

 

l'Anse Quinze-Collets 1918

 

Quai de l'Anse des Quinze-Collets

 

l'Anse des Quinze-Collets

 

l'Anse des Quinze-Collet