
Glissement de terrain à Tourelle
Gaétan Pelletier
Le froid montrait déjà ses dents, en ce mois de décembre 1963. Les poêles à bois ronronnaient dans les demeures pendant qu'on s'affairait à préparer lentement cadeaux et victuailles. On pensait déjà aux festivités et aux parents de la ville qu'on allait revoir. Tout était calme et serein dans le village, quand peu après 19 heures un bruit se fit entendre. Un glissement de terrain majeur était en train de faire disparaître le centre du village.
Ça n'aura pris que quelques minutes pour que sept constructions situé de part et d'autre du ruisseau Grande-Tourelle soient complètement détruites. Au matin, c'est une scène d'horreur. Une maison est dans le fleuve, d'autres sont renversées sur le toit plusieurs mètres plus bas et d'autres carrément déplacées de leur fondation et envasées. Vingt et une maisons devront être soit déménagées ou démolies, sans compter les bâtiments.
L'évènement le plus triste de cette sombre histoire, est sans contredit, le décès de quatre frères d'une même famille. Les fils de monsieur Edgard Therrien qui furent entraînés par la coulée de boue lorsque la route disparue sous le véhicule dans lequel ils circulaient.
Si la zone de glissement laisse une grande cicatrice dans le paysage, elle en laisse une encore plus grande dans le coeur de tous ceux qui en furent les victimes.
Que s'est-il passé ?
La dernière période glacière qui s'est terminée il y a 12 000 ans, entraîne une hausse du niveau des eaux de 65 mètres (210 pieds). Comme dans tout le reste de la partie riveraine du Québec, un dépôt d'argile a envahi les parties basses en bord de mer. En fondant, les glaciers ont entaîné dansleur sillage des masses de rocs qu'ils ont préablement broyés, puis déposé sur l'argile (gravière). Par la suite, le temps s'est chargé de couvir le tout de terre arable. Exception faite des berges de la Grande-Tourelle, les embouchures des rivières se sont dégagées sous l'effet de l'érosion, il y a plusieurs siècles.
Une infiltration d'eau provenant d'un ruisseau en partie souterrain, a avec le temps, liquifié l'argile situé sous le gravier. Peu à peu, le barrage d'argile solide s'est amenuisé au cours des siècles jusqu'à atteindre le point de rupture ce 11 décembre 1963.

22 décembre 2010 Gaétan Pelletier