
Les origines du quai de Sainte-Anne
Par Marc-Antoine DeRoy
Tout récemment, en consultant les Comptes
publics du gouvernement fédéral, il a été
possible de retracer avec précision
la construction de notre quai en eau profonde
(1914-1916) ainsi que sa reconstruction
à partir de 1948.
* * *
Démarches pour obtenir un quai
À partir de la seconde moitié du XIXe siècle,
les Annemontois ont désiré un port de mer
pour faciliter leur développement.
Régulièrement, le conseil municipal adresse
une requête au gouvernement fédéral
pour cette construction. Homme d’affaires,
Théodore-Jean Lamontagne - propriétaire
du château Lamontagne - revendique
passionnément l’amélioration des moyens
de communication en région.
En 1881, il se rendra personnellement
à Ottawa pour défendre le projet. Devenu
maire de Sainte-Anne-des-Monts/Cap-Chat,
il prie instamment le gouvernement
d’accorder le quai demandé « depuis
longtemps » à l’une des deux paroisses
formant sa municipalité.
En janvier 1890, le conseil municipal récidive
sa demande. Mince consolation, Ottawa
lui octroie 5000$ pour une installation
portuaire « mineure » à la grande rivière;
le quai tant souhaité ne sera donc pas en
eau profonde. Le gouvernement fédéral y
subventionnera toutefois des améliorations
au-delà de 1914. En raison du moulin à bois,
les goélettes devaient accoster dans le havre
de la rivière Sainte-Anne.

Médecin et homme politique, Louis-Philippe
Gauthier est natif de Sainte-Anne-des-Monts.
Durant la Première Guerre mondiale,
bien qu'il soit député, celui-ci s'enrôle dans les
Forces armées et sera notamment médecin
militaire dans un château de la Loire.
Enfin, nous aurons un quai
Élu maire de Sainte-Anne-des-Monts en 1906,
le Dr Louis-Philippe Gauthier fait
immédiatement parvenir une requête
au ministre Rodolphe Lemieux visant
à effectuer des travaux aux équipements
portuaires de la grande rivière; il s’agit là
de sa toute première action politique.
Ottawa acquiesce à cette demande.
Élu député fédéral du comté de Gaspé en 1911,
cet Annemontois n’aura qu’un seul but :
construire un quai en eau profonde pour
le chef-lieu nord-gaspésien. Sa détermination
pour le développement portuaire est donc
manifeste. Rappelons que l’absence
d’un véritable quai nuit au développement
industriel du nord de la Gaspésie.
Au Parlement d’Ottawa, le Dr Gauthier se fait
un ardent promoteur de ce projet.
Siégeant dans le parti ministériel
(gouvernement conservateur de Robert
Borden), il obtient finalement le quai tant
souhaité en 1912. Cette année-là, on observe
dans les Comptes publics une dépense de
50,82$; il s’agit fort probablement de la
toute première étude.
À l’été de 1914, les premiers travaux débutent.
Durant cette année-là, le gouvernement
alloue 35 368, 60$. Pour les deux années
suivantes, on y dépense relativement
la même somme. Face à l’église paroissiale,
la structure en bois et en pierre est complétée
en 1916. À l’été 1917, une jetée d’atterrissement
est construite au coût de 6 650$. Au total,
ce quai aura coûté près de 120 000$.
Entretiens et agrandissements
Jusqu’en 1947, en raison du climat rigoureux,
ce port de mer sera entretenu ou réparé
presqu’annuellement; environ 150 000$
supplémentaires y sont investis. Pour l’époque,
ce sont là des sommes considérables.
Après la Seconde Guerre mondiale,
l’économie nord-américaine très performante
justifie la reconstruction du quai.
Le gouvernement entreprend ces travaux
en 1948 et 1949. On allonge alors le quai
et le solidifie en béton pour un coût
approximatif de 1 500 000$. Près de 500 000$
sont consacrés à l’entretien jusqu’en 1977.
Cet équipement renouvelé permet ainsi
un meilleur développement de la région.
Par exemple, l’industrie forestière bénéficiera
largement de cette infrastructure. En outre,
une traverse vers Sept-Îles sera en opération
jusqu’en 1969. Et, mentionnons finalement
que l’éolienne à axe vertical de Cap-Chat
sera débarquée à ce quai en 1983.
Aujourd’hui, ce port de mer demeure tout
aussi important. Cependant, comme en 1948,
des réparations et améliorations majeures
s’imposent pour que le quai puisse appuyer
de façon optimale le développement de la
Haute-Gaspésie.
* * *
Considérant les démarches politiques
vitales du Dr Gauthier, il serait pertinent
que le quai actuel porte le nom de « Quai
Louis-Philippe-Gauthier ».


Construction du Quai. Vers 1915

Bateau Canadian Cunner

Chargement au Quai. Vers 1920
Photos: Collection Ville de Sainte-Anne-des-Monts
DEROY, Marc-Antoine. Les origines du Quai de Sainte-Anne. ''Le petit journal de votre municipalité'',
Ville de Sainte-Anne-des-Monts, volume 11, numéro 3, Mai 2010, p. 5.